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Interview de David GNAHA, photographe

C’est sur un écran en France que j’ai découvert ses clichés. Il me faudra attendre notre rencontre à l’Institut Français, de Cotonou, pour faire connaissance avec le photographe David GNAHA, souriant, enjoué et volubile. David respire le dynamisme et me conte alors son parcours de photographe béninois. A distance, il a accepté de se dévoiler un peu…

Bonjour David GNAHA,

De quelle/es origine/es es-tu ?

Je viens du Bénin et plus précisement d’Allada, à une vingtaine de kilomètres de Cotonou. Cette ville est particulière : Allada est, pour les Haïtiens, une ville Sainte. Toussaint Louverture, héros de l’indépendance d’Haïti, est, en effet, le fils d’un prince d’Allada. Cela compte.

Comment résonne le nom Bénin en toi ?

C’est une fierté d’appartenir à ce pays. Le Bénin est doté de nombreuses richesses dans sa tradition, des richesses culturelles et cultuelles, ainsi que de nombreux talents. Malheureusement, je pense que ces talents-là, en art et culture, notamment, ne sont pas assez valorisés. Avec le temps, cela va certainement s’améliorer. En travaillant ensemble, au Bénin, nous serions certainement une des nations les plus fortes d’Afrique, voir même à l’international.

Quel âge avais-tu lorsque tu as réalisé ta première photo ? Quels souvenirs en as-tu conservé ?

J’ai commencé comme monsieur tout le monde, en étant petit. Enfant, je me suis dit qu’il était possible de figer des personnes, des visages sur le papier. Pour moi, c’était un peu comme un rêve…

Mais ce n’est pas ce qui a fait de moi le photographe que je suis, aujourd’hui. Ma première vraie photo, je l’ai faite un plus tard, avec les appareils numériques. A l’époque, je ne savais pas que j’en ferai mon métier. Il a fallu que je fasse un stage dans une entreprise de communication importante à Cotonou, que je touche au matériel professionnel, que j’aille sur le terrain, pour que je le comprenne. Les souvenirs que je garde de ce premier contact avec la photographie, ce sont les photos en Blanc & Noir. C’est pourquoi, la plupart de mes photos, quand c’est possible et adapté au sujet, sont réalisées en Blanc & Noir. Le Blanc & Noir me fascine !

Quel est ton sujet photos préféré ?

J’aime beaucoup photographier les femmes, les enfants et surtout, la nature.

Des lieux préférés pour travailler ?

J’adore travailler à l’extérieur, en dehors du studio, en pleine nature. Le studio limite ma créativité. La nature m’offre plus de possibilités. Je m’y exprime mieux.

Un souvenir marquant, amusant, émouvant, de ta carrière de photographe ?

Quelqu’un m’a  dit un jour que je ne pouvais pas devenir photographe, que j’allais faire cela quelque temps et que j’abandonnerais… Cela fait maintenant 10 ans. Je fais mon petit bonhomme de chemin et je suis toujours là !

Un autre moment émouvant date de 2018, lors du concours “empreinte BOAD”. Pour mémoire, la Banque Ouest Africaine de Développement organisait, pour célébrer ses 45 ans,  un concours de photographie dénommé « Empreinte BOAD », portant sur les projets financés par la Banque dans les 8 pays de l’UEMOA. Je vais donc regarder les résultats sur le site. Et là, je découvre mon nom, en première place : le premier prix ! J’étais vraiment très content et fier. J’allais donc représenter le Bénin, en photo !

Comment t’es-tu formé ?

Je me suis formé sur le tas. Je suis autodidacte. J’avais accès à Internet, au travail. Du coup, j’ai d’abord cherché comment fonctionnait un appareil photo. Puis, j’ai approfondi mes connaissances en téléchargeant des cours, par exemple. Je cherchais, je lisais. Comme j’avais la chance d’avoir du matériel à disposition dans cette agence de communication, je pouvais m’exercer facilement. Internet m’a largement aidé. Je n’ai pas fait une école photo, mais mes connaissances me permettent maintenant de proposer des Masterclass aux jeunes.

Tu parles avec gourmandise de ton métier. Est-ce que tu aides d’autres béninois/ses à se lancer dans la photographie ?

J’aide les jeunes qui le souhaitent à emprunter le chemin que j’ai suivi. Devenir photographe nécessite d’être passionné et prend du temps. Il faut être patient pour maîtriser cet art, or malheureusement, beaucoup de jeunes cessent de suivre les formations, au bout de 2 à 3 mois. Ils pensent tout connaître et maîtriser. C’est dommage, car n’importe quel professionnel sait que la photographie demande beaucoup de temps, de pratique, de connaissances, de formation…

En tant que professionnel, quelles difficultés rencontres-tu ?

La principale difficulté, c’est le coût du matériel. C’est très honéreux !

Ensuite, comme je suis beaucoup dans le photo-journalisme, je suis forcément amené à voyager. Je me déplace à mes frais : transport, logement… Le travail des photographes béninois est demandé et suivi, mais pour que nous soyons bons, nous devons aller sur le terrain, nous cultiver, nous enrichir culturellement. Cela représente beaucoup de frais. Faciliter ces déplacements nous aiderait grandement…

Comment contournes-tu ces difficultés ?

Comme je suis photographe indépendant, je ne peux compter que sur mes propres moyens. Donc, j’essaie de tout planifier et de demander le soutien des particuliers amoureux de la photo. Mais c’est encore très difficile. Ils aiment la photographie, mais leur aide financière est encore compliquée à obtenir. Ils ne sont pas encore habitués.

Si j’ai un conseil à donner, c’est effectivement de planifier, d’aller vers les gens et de négocier, en contrepartie du travail à réaliser, une certaine visibilité. Avec le temps, avec l’expérience qu’on a, les gens nous connaissent… Certaines sociétés savent tirer profit de notre image, de notre notoriété, pour mieux vendre ou se vendre. Il faut que cela nous serve.

Quelle est ton actualité pour les 6 mois prochains ou l’année à venir ?

Avec le Coronavirus, c’est un peu compliqué. Cela a coupé les aîles à tout le monde, surtout dans les secteurs de la photographie et de l’événementiel. Cela nous a fait perdre beaucoup de contrats.

Mais on réagit !

Ainsi, pour la fin d’année, nous montons une exposition de photos numériques en ligne. Avec une dizaine d’artistes, nous souhaitons vendre nos oeuvres en ligne. Nous travaillons sur le projet en ce moment.

A titre personnel, je vais déménager mon studio photo. En tant qu’artiste, j’aime y travailler, un peu caché, au calme, pour me concentrer… mais sa localisation pénalise mon activité, donc je vais m’installer dans un lieu un peu plus visible.

Tu as participé au Concours Photo Castel Beer, initié par SOBEBRA. Comment cela s’est-il passé et qu’en est-il ressorti ?

En 2019, j’ai effectivement participé au concours Concours Photo initié par la marque Castel Beer et la SOBEBRA, sur le thème “L’Afrique dans mon objectif”. D’abord classé parmi les 10 finalistes lors du vote du public, j’ai ensuite été désigné grand vainqueur par le jury de professionnels de la photographie. J’ai remporté un appareil Canon 800D.

Qu’est-ce qui t’a poussé à participer à ce concours ?

Le thème !

Cela valorisait l’Afrique et les talents africains. Je me disais qu’il fallait que je me fasse connaître et donc j’ai saisi l’opportunité. Mais, je n’aime pas les concours photo par système de votes et n’y participe plus. Je pense qu’on ne peut pas juger notre talent par des votes. Nous ne sommes pas des candidats à des élections. Nous parlons d’art !

Ce que j’ai apprécié dans le Concours Photo Castel Beer, c’est qu’il y avait plusieurs phases. D’abord, il y avait plus d’une centaine de photographes qui participaient. Ils étaient présents. Puis, ce sont nos communautés de fans pour nous ont soutenus pour nous faire entrer parmi les 10 finalistes. Enfin, le jury a statué sur les 10 images finales. C’est ainsi que je suis sorti du lot. Le jury a jugé que mon image était originale.

Quand je participle à un concours, je prends grand soin à lire le règlement du concours qui est un peu la “Bible” pour participer. Quand il y a quelque chose que je ne comprends pas, j’écris aux organisateurs afin d’éclaicir les zones d’ombres. Cela permet d’être dans les codes du concours en prenant en compte toutes les contraintes. On indique par exemple qu’il ne faut pas mettre de signature sur les images, qu’il faut respecter des dimensions et des formats… Si on ne respecte pas ces contraintes, on est disqualifié. Je veille à tout cela afin d’être sûr d’être qualifié. Sinon, c’est une perte de temps et d’énergie ! Donc, la règle de base pour participer, c’est déjà de lire le règlement du concours et de le respecter.

“Si on ne respecte pas ces contraintes, on est disqualifié”

Comment as-tu vécu le Concours Photo Castel Beer, de la remise de ta contribution aux résultats ?

C’est un gros moment de stress ! On ne sait pas réellement ce qui va se passer, ni comment. On veille tard. On est aux aguets, surtout quand il y a des votes. Il peut y avoir de la triche, par exemple.

D’autre part, certains ont des communautés de fans, via le sponsoring et les réseaux sociaux, qui peuvent être conséquentes. Donc forcément, quand on est comme moi, avec une petite commaunauté, c’est difficile. J’ai dû demander aux amis, aux copains etc de me soutenir, afin d’entrer parmi les 10 finalistes. C’est un gros moment de stress. Personne n’est sûr de rien. Le résultat a été dévoilé dans une video. Quelle angoisse ! Mais on a réussi et ça, c’est une grande satisfaction.

Quels intérêts présente, selon toi, le fait de participer à des concours ?

Le principal intérêt, c’est de se faire connaître. C’est hyper important.

J’aime soumettre mon travail à un jury de qualité. Lorsqu’il rassemble à la fois des professionnels de la photographie et des personnalités extérieures au domaine, cela signifie que des personnes ayant un oeil et un avis sérieux, prennent connaissance de mon travail et l’évaluent. Lorsque je sais que j’ai envoyé mon travail à tel grand photographe professionnel, qu’il l’a vu, critiqué et aimé, c’est une grande satisfaction. Cela signifie que je suis sur la bonne voie, que j’ai raison de continuer pour progresser encore et toujours. Participer à un concours permet de se faire connaître, de rencontrer un nouveau public, de rentrer dans de nouveaux réseaux. C’est primordial.

Participer à un concours permet de se faire connaître, de rencontrer un nouveau public, de rentrer dans de nouveaux réseaux

Qu’as-tu retiré de cette expérience, en positif, comme en négatif ? Quels ont été tes prix ?

En tant que béninois, après le concours, beaucoup de personnes m’ont reconnu et sont venues me saluer. C’est le côté positif de l’aventure.

Mais j’ai rencontré des gens qui souhaitaient être remerciés pour le soutien qu’ils m’avaient apporté. Ils voulaient en tirer un bénéfice… C’est pour cela que je n’aime pas les concours par vote, et préfère les concours avec une soumission à un jury qui regarde, juge la qualité de mon travail et statue. Je passe ou pas, en ayant assimilé le règlement et compris ce que le jury souhaitait. Si je ne passe pas, je sais que je dois améliorer mon travail.

Quels ont été tes prix ?

Les deux concours auxquels j’ai participé, je les ai remporté : Concours “empreinte BOAD” en 2018 et Concours Photo Castel Beer en 2019

Avec le Concours “empreinte BOAD” en 2018, j’ai remporté un chèque de un million CFA, ce qui m’a permis de m’installer à mon compte. Encore aujourd’hui, cela me permet d’avancer.

Avec le Concours Photo Castel Beer, j’ai remporté un appareil photo et ai porté pendant un an, le titre d’Ambassadeur Castel Beer.

Quels conseils donnerais-tu aux photographes qui souhaitent participer à des concours ?

Si un photographe souhaite participer à un concours, il faut qu’il ait le règlement du concours sous les yeux matin, midi et soir. Il est impératif qu’il le respecte. Et ensuite, travailler, travailler réellement… La concurrence est forcément rude. Il y a toujours de belles images, des appareils photos plus puissants, des rendus plus puissants, des photographes qui font de la retouche… Personnellement, je retouche très très peu mes images : c’est la prise initiale, l’oeil sur le terrain, qui font l’essentiel. Retoucher me permet juste de renforcer une lumière ou une couleur, mais jamais je ne dénature jamais mon cliché. C’est l’expérience de ma vie de photographe qui porte ses fuits.

Merci David GNAHA (et RIP aux nombreux moustiques désireux de te croquer Durant cet interview !)

Si vous souhaitez participer aux concours “Les 100 plus belles photos du Bénin”, suivez ce lien !

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